Aujourd'hui, la musique coule comme l'eau du robinet. On la laisse couler des heures dans ses écouteurs pour un abonnement d'une dizaine d'euros par mois.

Toutes les plateformes diffusent le même catalogue. Si l'une augmente son prix d'un euro, l'abonné part chez la concurrente. Contrairement aux studios de cinéma ou aux maisons de disques d'autrefois, elles n'ont rien pour se distinguer, sauf le prix. Résultat : Spotify a mis près de vingt ans à dégager son premier bénéfice annuel.

Pire, elles sont victimes de leur succès. Un abonné qui n'écoute rien, c'est tout bénéfice. Une famille qui enchaîne 100 titres par jour coûte cher, car chaque écoute doit être rémunérée aux ayants droit, qui captent environ 70 % du chiffre d'affaires. Plus on écoute, plus la rémunération par écoute baisse. Un modèle qui ne tient pas.

Apple et Amazon s'en accommodent : pour eux, le streaming est un produit d'appel. Mais les « pure players » (Spotify, Deezer, Tidal) sont condamnés à fusionner ou à se racheter entre eux, sans jamais échapper aux tarifs imposés par les géants.

Car ce qui a de la valeur, ce n'est plus du tout la musique : c'est l'abonné.
Voilà pourquoi les plateformes investissent massivement pour repérer les titres générés par IA. Non pour les interdire, mais pour ne pas les rémunérer.
Une écoute d’une musique générée par IA, c’est une écoute qui ne leur coûte rien tout en satisfaisant un nombre croissant d’abonnés qui s’adapteront.

Les plateformes de streaming sont des vitrines surchargées dont la porte serait restée fermée à clé pour les clients qui souhaiteraient acheter.

Elles diffusent 200 000 singles supplémentaires par jour ! la moitié provenant de l’IA générative, et pourquoi pas le triple dans 1 an puisque c’est techniquement possible ?
Une absurdité économique pour tous.
Ce streaming de masse là sans différenciation artistique et éditoriale est une impasse économique, sa dévalorisation est déjà en route.

Il y a encore 25 ans, on écoutait un ou deux albums par mois chez le disquaire avant de décider lequel des copains l'achèterait pour ensuite le partager. Le prix du vinyle ou du CD incluait, de fait, quelques copies sur K7 pour l'entourage. Le nom du label sur l’album avait un sens, une ligne artistique, une qualité reconnue et les supports physiques étaient des objets de valeur.

Aujourd'hui, la plupart des gens écoutent ce que l'algorithme de Spotify ou de YouTube ou de Netflix leur sert, et pour des raisons de revenus publicitaires, leur sert souvent étonnamment loin de leurs goûts, de la même façon qu’ils font défiler un fil Instagram que l’utilisateur ne maîtrise pas.
La créativité et la profondeur musicale s'effondrent depuis quinze ou vingt ans, parce que l'auditeur n'a plus à chercher : plus besoin des bonnes émissions de radio, du disquaire qui connaît vos goûts, des amis qui vous font découvrir les albums qui le méritent.

La musique est servie comme l'eau du robinet, avec la juste dose de chlore pour que ça passe.
Changez de ville : même eau, même goût, même prix et aucune différenciation puisque c’est un liquide qui passe par les mêmes tuyaux.
Tant qu'elle ne nous rend pas malades, on continue à la boire parce qu’on n’a pas le choix.
Et la diffusion de musique devrait suivre le même chemin ?
Alors que l’on a totalement le choix.
On a juste par facilité oublié qu’on l’avait.

Comment échapper à ce nivellement par le bas ? En empruntant d'autres canaux, et en découvrant ce que vous seuls pouvez découvrir car aucune plateforme de streaming ne vous y aidera.

Loïc de Bénazé

Entrepreneur, consultant senior en systèmes d’information data, dataviz EPM et IA
Producteur et éditeur de musique enregistrée

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